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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 10:28

En cette bien triste année, marquée par le spectre d'une pandémie que nous croyions, à tord, il y a encore quelques mois, comme relevant d'un passé révolu, il était bien difficile de pouvoir, entre "gestes barrière et confinements" prospecter librement dans nos doux paysages... 

Néanmoins, comme passant à travers les gouttes du mal, j'ai pu réaliser quelques promenades géologiques salvatrices pour notre moral affaibli... Ces petites excursions permirent la découverte de quelques jolies traces, cette fois-ci, d'un passé très éloigné de nous..

 

Prenant la route des verts plateaux côtedoriens par quelques jolis jours d'automne, je remarquais, au détour du chemin, là, à quelques mètres de la route, un amoncellement hétéroclite de blocs rocheux de couleur sombre qui me rappelait ceux issus d'une strate rencontrée jadis au sein de mon Jura natal...

  Je ne résistais pas à l'envie à l'envie d'aller jeter un petit coup d’œil à ce dépôt plus qu'attirant... M'avançant au devant des rochers déposés là sans doute par une noria de camions de chantier, je n'avais plus aucun doute sur la nature exacte de ces roches brisées... C'était bien du Sinémurien, vous savez cet étage de la base du Lias ou jurassique inférieur (- 199 à -190 MA), étage dont je vous avais déjà parlé dans mon article précédant... 

Là, gisaient des blocs emplis d'ancestrales huitres du nom évocateur de Gryphées de genre Arcuata caractéristiques de cette strate et particulièrement reconnaissables...

Très vite, je remarquais la présence d'autres fossiles sous la forme de fragments éparses de grosses ammonites (céphalopodes) typiques de la zone... Je prospectais la couche à Ariétites, des ammonites pouvant atteindre, tenez-vous bien, plusieurs dizaines de centimètres de diamètre et parfois même le mètre! (voir mon article précédant)...

Quelques découvertes intéressantes se succédèrent, puis, continuant mes recherches, je remarquais sous ces amas de roche, la présence de marnes grises parsemées de blocs couverts de rostres de bélemnites (rostres ou "os" de genre de petits céphalopodes style de sèches archaïques). Manifestement, tout ceci avait du être déposé là en amont des dépôts rocheux... Ce sont donc des fossiles issus de la strate du Pleimbachien, une couche plus jeune que le Sinémurien quoique faisant toujours partie du Lias.

 Sur le schéma simplifié ci-dessus, voyez l'ordre temporel des strates du Lias rencontrées dans le département...

 C'est là que j'ai pu collecter quelques ammonites telles des Lythocéras de genre Fumbriatum, des Prodactyliocéras de genre Enodé et autres Aegocéras représentatives de cette zone anciennement Carixienne.

Puis, avançant encore un peu plus dans cette série de prospections, je remarquais, à un jet de pierre de là, un nouveau tas isolé de roches cette fois d'une couleur gris foncé tranchant avec celle précédemment prospectées. Je m'approchais, scrutais le sol, et compris que j'avais à faire ici à des roches que j'attribuais sans peine au Sinémurien inférieur, une couche calcaire relativement rare en ces lieux... J'espérais dés lors rencontrer des fossiles identifiants de cette couche comme des Arniocéras, des Ariétites de genre Bucklandi et non Bisulcatus comme précédemment...

Une question taraudait mon esprit: Puisque ces tas provenaient d'un déplacement mécanisé, où pouvait se trouver le chantier d'origine de ces roches comme abandonnées ici? Manifestement cela ne devait pas provenir de loin... J'organisais donc un petit quadrillage systématique du secteur qui, très vite, porta ces fruits. En effet, le lieu d'extraction n'était qu'à quelques centaines de mètres et consistait à la construction d'une usine ayant nécessité une importante excavation afin de réaliser de profondes fondations à l'ensemble architectural. Les travaux étaient d'ailleurs bien avancés et ne permettaient plus la prospection de la zone.

C'est donc sur des blocs issus du Sinémurien inférieur que je pu faire deux découvertes ne manquant pas d'intérêt. Tout d'abord une jolie Ariétites de genre Bucklandi  de 18 centimètres de diamètre dont j'eus la surprise, au dégagement, de constater quelle se trouvait être entièrement pyritisée (remplissage non calcique - carbonate de calcium, mais par un sulfure de fer: la Pyrite FeS2) et d'un très beau Nautiloïde (intègre, ce qui est rare tant ils sont fragiles de par leur constitution cloisonnale), un nautile (forme de céphalopode encore présent aujourd'hui dans nos mers et océans) d'espèce Cénocéras et de genre Striatus d'un diamètre de 18 centimètres lui aussi et en partie pyritisé ce qui semble être relativement commun au sein de cette couche.

     

Ceci démontre la richesse paléontologique, s'il en est, de notre département et le devoir qui s'impose à nous de chercher à sauvegarder ce patrimoine géologique.

Erphy - C Novembre 2020.

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